Qu’on se le dise, l’heure est grave : nous vivons un choc de générations. Les plus anciens ne sont pas préparés à la déferlante qui arrive sur le marché du travail telle une nuée de sauterelles affamées sur une récolte de blé mûr à point. 

Les Millenials arrivent et ils vont tout détruire. Ils vont renverser l’ordre ancien, rendre « has been » les générations X, et vont humilier les générations Y dont on disait pourtant qu’elles n’avaient rien à envier à des insectes ravageurs.

Mais heureusement, chers seniors (à partir de 32 ans et demi, on est dans la catégorie Senior), heureusement donc, de nombreux savants, doctologues en communication sociale et sciences cognitives sociétales, ont un remède pour vous. A l’aide de moults études, ils vont vous enseigner comment vous en sortir, vous prescrire un parcours de survie à mettre en place, un savant cocktail de pilules « Hanouna », de sirop de Jeremstar, assorti, pour les cas les plus graves, d’onguent à base de Snapchat sauce Instagram revisité par le clan Kardashian. Tout cela pour, tout simplement, attirer et fidéliser les jeunes.

Rendez-vous compte : ils sont nés il y a moins de 20 ans, avec une tablette et un forfait wifi illimité, biberonnés au micro-entrepreneur et à l’écologie : c’est dire si le choc va être frontal. Le blé a intérêt à s’accrocher à ses racines.

Les Millenials et ceux juste avant eux aspireraient donc à un équilibre entre vie professionnelle et épanouissement personnel ! Hérésie ! Certains veulent changer le monde, rien de moins ! Il paraît même qu’un petit nombre d’entre eux est en train d’y parvenir…

Essayons d’analyser ce défi, tant que cela est encore possible, tant ils vont vite, ces bougres : ils refusent le « oui patron » issu de la révolution industrielle, qui a débuté avec le travail à la chaîne imaginé par M. Ford et continue sous une forme difficile à concevoir de nos jours chez Lidl ou Free.

Et donc les voilà qui, lorsqu’ils arrivent dans une entreprise, disent : « non », ou pire : « je vais y réfléchir ».

Réfléchir, mais vous n’y pensez pas, soyez raisonnable. Pour fonctionner l’entreprise a besoin d’un cadre, de procédures, de codes. On ne va quand même pas y réfléchir.

Seulement le mal est là, et il va falloir, selon les doctologues visés plus haut, non pas s’y adapter, mais plutôt adopter une attitude qui aura pour conséquence de faire croire aux plus jeunes que l’on est bien d’accord avec eux, sur la forme, pour arriver à ce que tant bien que mal la majorité rentre dans ce cadre si rassurant, parce que vous comprenez, ça fonctionne comme ça depuis 70 ans. Il ne s’agit donc que d’imaginer chers managers, un cadre différent, plus large, aux contours un peu flous, mais un cadre quand même, rien que pour les Millenials.

Mais, car il y a un mais, tout cela est basé sur une analyse fausse, ou faussée : distinguer les individus par leur âge n’a à mon avis pas plus de sens que de vouloir faire une classification des traders par la couleur de leur complet 3 pièces gris anthracite.

Car sinon, comment expliquer que 19% des créateurs d’entreprises ont entre 35 et 49 ans, contre 16% pour les 20-25 ans ? Ce n’est pas là une question de génération. Il s’agit d’autre chose, bien plus profond, et je le crois, bien plus vertueux. 

Prenons un peu de recul. La crise financière de 2008 a eu des conséquences inattendues. Sur le plan économique, cela a mis en évidence nombre de pays qui vivaient largement au-dessus de leurs moyens, la France en faisant partie d’ailleurs. La suite, ce sont des mesures d’austérité, rendant encore plus précaires les plus fragiles, des mesures d’austérité votées par ceux-là même qui pendant 15-20 ans ont sciemment voté des budgets déficitaires, et font payer à tout un peuple le prix de leur laxisme (lâcheté est le premier mot auquel j’ai pensé, mais je n’ai pas osé l’écrire…)

Socialement, politiquement, les conséquences ne se sont pas faites attendre : dans tous les pays occidentaux, les extrêmes de tout bord ont connu, et connaissent, des destins dont ils n’osaient pas rêver il y a encore 10 ans, le dernier coup de pied brutal dans nos arrière-trains bien-pensant étant l’entrée au parlement allemand d’un parti néo nazi qui n’existait pas il y a 4 ans.

C’est dans ces moments de fragilité sociale et économique, qu’au niveau de l’entreprise, les ressources humaines retrouvent leur sens. Attirer des jeunes recrues, et des moins jeunes, amène donc à une véritable introspection.

La marque employeur n’est pas loin : attirer les jeunes, ces sauterelles que nous avons moqué au début de ce texte, doit amener l’entreprise à s’interroger sur ce qu’elle apporte. Les notions de RSE, d’Entreprise à mission (voir les exemples de Danone, ou de Invivo), sont bien plus que de simples slogans affichés. 

Quel rapport avec la communication me direz-vous ? Tout, et rien en même temps. Nous vivons une époque de passions, où la technologie est une pièce à deux faces : côté face une amélioration de nos vies, santé, économie collaborative, conquête de l’espace. Côté pile, le transhumanisme, les GAFA prenant la place de super lobbyistes, à jeu égal avec les complexes militaro-industriels. Et la passion, ce n’est pas raisonnable. Les Millenials communiquent, mais pas qu’entre eux les petits rejetons ! Ils discutent avec les « grands », et les grands, en tout cas certains d’entre eux, les écoutent.

Et qu’est-ce qui se passe quand les gens se parlent ? Ils partagent leurs points de vue, et tombent parfois d’accord…

La distinction qui reste, ce sont ceux qui sont décidés à survivre à ce nouveau monde ultra connecté et ultra consumériste, et les autres, qui ne seront pas acteurs, mais des suiveurs passionnés. Non pas en s’adaptant à cette nouvelle donne, mais en y résistant. Cette envie de faire autrement fait naître des entrepreneurs dans tous les pays, à l’instar de ce jeune marocain qui produit une voiture à 4 500 euros uniquement avec des fabricants locaux. Ou comme Sigfox, qui veut connecter les objets du monde entier sans passer par les serveurs et le cloud des GAFA. Comme l’économie « verte », par exemple avec ce jeune chercheur qui veut nettoyer les océans avec un système révolutionnaire, sans parler du plus médiatique des entrepreneurs du moment, Elon Musk. 

Le point commun à tous ces exemples : aucun n’a le même âge, aucun n’est issu du même continent, mais tous aspirent à faire les choses différemment. 

Grâce aux nouvelles technologies, notamment les réseaux sociaux, les Millenials et la génération qui les précèdent ont aujourd’hui plus de valeurs communes que les générations qui ont cohabité ensemble dans les années 70-80-90 et même 2000 : plus grande conscience des autres, de la précarité de nos systèmes économiques, de la fragilité de notre planète, conscience également qu’il existe d’autres voies, qu’il faut qu’il y ait une autre voie. 

Et le Covid-19 va marquer la mémoire collective à n’en pas douter, mais particulièrement celle de ceux qui, déjà, avant, se disaient qu’il fallait faire autrement. En l’occurrence, il n’existe là aucune distinction qui tienne, millenials ou pas, certains en rêvaient, d’autres agissaient, quelque soit leur âge, leur niveau de formation. 

Pour une entreprise qui souhaite perdurer, et donc embaucher les hommes et les femmes qui la feront fonctionner, communiquer sur le thème Millenials pour attirer les jeunes talents, et sur un ton plus « classique » pour attirer les autres, est donc une perte de temps. Il ne s’agit pas d’adapter un discours en fonction de son public, il s’agit de savoir quel sens vous, futur employeur, vous voulez donner à vos futurs salariés, car c’est le plus grand dénominateur commun qu’il faut trouver, et non l’inverse. 

En tant qu’école, quels objectifs les formations dispensées permettront-elles à vos apprenants de réaliser, au-delà de l’obtention d’un diplôme : pour quels métiers ; quels débouchés, quels avenirs ? Quelles aptitudes allez-vous leur permettre d’acquérir, et non quelle technicité ?

Répondre à ces questions, c’est faire en conscience, ce qu’attendent vos publics, futurs salariés ou apprenants. C’est voir plus loin.